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Metteurs en scène et interprètes de Corneille - Rachel

Élisa Rachel Félix, dite RACHEL

 (Suisse, 21 février 1821 - Le Cannet, 3 janvier 1858)

Jacques et Esther Thérèse Haya Félix, colporteurs, acteurs et chanteurs ambulants, et leurs enfants forment une famille misérable qui erre de ville en ville, avant de se fixer à Paris en 1831. Rachel chante dans les rues avec sa sœur aînée Sarah, suit des cours de déclamation auprès de Samson, sociétaire du Théâtre-Français, qui lui apprend tout et la fait débuter en mars 1838 dans le rôle de Camille d’Horace. Rachel a tout juste dix-sept ans ; elle est petite, maigre, mais elle insuffle un air nouveau dans la tragédie classique. En octobre suivant, elle remporte son premier triomphe dans le rôle d'Hermione de l'Andromaque de Racine. Son jeu novateur est accueilli avec exaltation par les critiques. C'est seulement à cette époque qu'elle apprend à lire, à écrire et à prononcer le français sans accent.

Rachel va révolutionner l'interprétation de la tragédie classique parce que pour elle, « la poésie est un langage humain et la musique des vers vient du cœur ». Elle joue tous les grands rôles. À vingt ans, elle est sociétaire du Théâtre-Français, avec un des salaires les plus importants de sa profession, et elle obtiendra des cachets mirobolants pour ses tournées en province et à l'étranger. En 1843, elle crée une Phèdre inoubliable. Cependant, elle refusera presque toujours de créer les drames de son temps, ce qui lui sera amèrement reproché par les romantiques. C’est une habituée du salon de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois où celle-ci reçoit de nombreux auteurs illustres : Chateaubriand, Stendhal, Lamartine, Hugo, Dumas (père et fils).

On tente de la convertir au catholicisme. Chateaubriand fait savoir à Rachel qu'il serait heureux de l'entendre dans le salon de Mme Récamier, dans un extrait de Polyeucte. Il est prévu qu'au moment où elle dira le vers "Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée...", l'archevêque de Paris en personne fera son entrée dans la salle. Cela ne manquera pas d'impressionner la tragédienne qui acceptera alors la conversion. Mais Rachel ne tombe pas dans le piège. L'archevêque rate le moment de son entrée. À son arrivée, on invite l'actrice à redire le vers de Corneille, ce qui lui permet de comprendre qu'il s'agit d'une conspiration :

- Monseigneur, s'il plaît à votre Eminence - dit-elle - je lui réciterai la prière d'Esther !

Sa carrière la mène aussi bien en Angleterre, où elle est reçue par la reine Victoria en 1841, qu'à Berlin en 1850 (le roi de Prusse lui fait élever une statue qui sera détruite par les nazis en 1935), en Russie en 1854. Elle sera la première grande actrice française à entreprendre une tournée en Amérique, de 1855 à 1857. Mais les spectateurs américains ne comprennent pas toujours les excès de son jeu. La tragédienne tombe malade, doit annuler des représentations, la tournée vire au fiasco. Minée par la phtisie, Rachel s'installe au Cannet, où elle s'éteint dans la nuit du 2 au 3 janvier 1858, à l’âge de 37 ans.

(Source : http://judaisme.sdv.fr/perso/rachel/rachel.htm)

 

Le jeu de Rachel, vu par un contemporain

 

« Aussitôt que la rime en éclairs divisée

Roule au sein des lambeaux de son âme brisée,

Son vers, sans hémistiche, en boa vagabond,

De ses lèvres de feu s’élance d’un seul bond,

Que son regard perçant, sa main électrisée,

A mis à chaque doigt une âme courroucée ;

Soudain cet incendie et du cœur et des sens

Passe de veine en veine en longs trépignements ;

On voudrait repousser cette âme incendiaire,

Brandon de voluptés au milieu du parterre,

Flamèche de délire et de peine à la fois,

Qui titille les nerfs et fait crisper les doigts !...

 

Ce n’est plus de Clairon la classique routine,

Le jeu stéréotype, adopté pour Racine,

La froide passion, jalonnée au compas,

Qui prévoit le fauteuil posé pour le trépas,

Ces déclamations deux à deux attelées,

Comme une ombre qui geint au fond des mausolées […].

D’une locomotive on croirait voir du feu

Jaillir en jets ardents des flammes de son jeu. »

 

« Elle connaît à fond tous les ressorts d’une intrigue sur laquelle elle moule sa propre pose, son jeu de physionomie et l’expression de ses discours […] afin de rester toujours en harmonie avec le personnage qu’elle représente et de ne pas affliger le public connaisseur de ces transitions ridicules, brusques, d’une figure de métier, qui jette des cris sans effet, parce que son cœur et son âme sont restés dans la coulisse. […] Une remarque qu’on a faite encore dans cette grande tragédienne, c’st que son geste le plus passionné, le plus véhément ne passe jamais la hauteur de son front. Quelle différence avec ces acteurs dont la pantomime télégraphique semble leur placer des ailes de moulin à vent au-dessus de la tête […]. »

 (Bouquet offert à Mlle Rachel, actrice tragique aux Français, suivi de notices biographiques sur cette grande tragédienne, par P. Cuisin, Paris, J.-N. Barba, 1839.)

 

 

Les rôles cornéliens de Rachel au Français

 

1838 : Camille dans Horace (et à nouveau en 1848) - Émilie dans Cinna.

1839 : - Laodice dans Nicomède.

1840 : Pauline dans Polyeucte martyr (et à nouveau en 1845).

1842 : Chimène dans Le Cid - Ariane dans Ariane de Thomas Corneille.

1844 : - Isabelle dans Don Sanche d'Aragon.

 

« Un souper chez Rachel », par Alfred de Musset

MOI : Qu'aimez-vous mieux de Corneille ou de Racine ?

RACHEL : J'aime bien Corneille, mais c'est quelquefois trivial et quelquefois ampoulé, tout cela n'est pas vrai.

MOI : Oh! oh!

RACHEL : Oui, tenez. Lorsque dans les Horaces, par exemple, Sabine dit "On peut changer d'amant mais non changer d'époux". Eh! bien, je, n'aime pas ça, c'est grossier.

MOI : Vous conviendrez du moins que c'est vrai ?

RACHEL : Oui, mais ce n'est pas digne de Corneille. […] A l'hiver nous jouerons Polyeucte et peut-être...

MOI : Eh bien ?

RACHEL, frappant du poing sur la table : Je veux jouer Phèdre. On me dit que je suis trop jeune, que je suis trop maigre, ce sont des sottises. C'est le plus beau rôle de Racine; je veux le jouer.

SARAH : Ma chère, tu as peut-être tort.

RACHEL : Laisse-moi donc tranquille ! Si c'est parce que je suis trop jeune et parce que le rôle n'est pas convenable, parbleu ! j'en dis bien d'autres dans Roxane, et qu'est-ce que ça me fait ? Si c'est parce que je suis trop maigre, je dis que c'est une bêtise. Une femme qui a un amour infâme, mais qui se meurt plutôt que de s'y livrer, une femme qui dit qu'elle a séché dans les feux, dans les larmes, cette femme-là n'a pas une poitrine comme madame Paradol. C'est un contre-sens. J'ai lu le rôle au moins dix fois depuis huit jours; je ne sais pas comment je le jouerai, mais je dis que je le sens.[…]. M. de Musset, voulez-vous que j'aille chercher le livre ? Nous allons lire la pièce ensemble. » […]

 

Rachel et moi, nous commençons à lire, le livre entre nous deux: […] D'abord elle récite d'un ton très monotone, comme une litanie. Peu à peu elle s'anime; nous échangeons nos remarques, nos idées sur chaque passage. Elle arrive à la déclaration; elle étend alors son bras sur la table, et le front posé sur sa main, appuyée sur son coude, elle s'abandonne entièrement. Cependant elle ne parle presque qu'à demi-voix : ses yeux étincellent; elle pâlit, elle rougit; jamais je n'ai rien vu de si beau, et jamais au théâtre elle n'a produit tant d'effet sur moi.

 

(Lettre à Mme Jaubert du 30 mai 1839, publiée dans le Magasin de la librairie du 25 mars 1859, extraits).

 


Date de création : 21/08/2012 @ 14:23
Dernière modification : 21/08/2012 @ 14:23
Catégorie : Metteurs en scène et interprètes de Corneille
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