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http://www.corneille.org/admin/editors/upload/img/jpg.gifSpectacles - Suréna, mise en scène Fl. Beillacou, un spectacle baroque

Suréna, de Pierre Corneille

tragédie "baroque"

du 10 mai au 21 juin 2012 au théâtre PIXEL 18 rue Championnet, Paris 18e

le jeudi à 19h30 (relâche le 7 juin) et le samedi à 17h

Théâtre Pixel, 18 rue Championnet 75018 Paris, 01 42 54 00 92, métro Simplon (ligne 4) ou Marcadet-Poissonniers (ligne 13).

« La Lumineuse » : cette toute jeune compagnie mérite déjà son nom, en faisant le choix audacieux d’une pièce naguère encore jugée « obscure », et qu’elle sert avec clarté, probité, intelligence et sensibilité. Si ce jugement de supposée obscurité de la superbe tragédie de Suréna est désormais bien révisé, depuis les mises en scène de Jean-Pierre Miquel, d’Anne Delbée et tout récemment de Brigitte Jaques-Wajeman, cette ultime pièce de Pierre Corneille se déploie bien dans une atmosphère sombre, élégiaque, désespérée, mais qu’illuminent l’éclat d’une gloire inentamable, les échappées flamboyantes d’un amour contraint, la lumière pure du sacrifice. Dans l’étroite chambre noire du théâtre Pixel, l’éclairage à la bougie, accessoire important des mises en scène dites « baroques », souligne le clair-obscur de ce huis-clos qui met chacun des personnages face à ses choix : une « basse et dure politique », ou la fidélité, au prix de la mort, au héros d’honneur et d’amour que chacun et chacune peut porter en soi-même. Valeurs qui nous interrogent certes encore, mais qui s’expriment en des termes venus du passé et dont la déclamation baroque, en restituant quelques traits de la prononciation du xviie siècle, fait entendre l’altérité : à distance de notre univers prosaïque et familier, c’est d’un ailleurs, humain mais plus haut que nous, dont nous parle la tragédie. Le spectacle ne se veut pas « réaliste », mais vise la « justesse ». Le défi est de taille, et le premier enjeu est bien celui de la clarté d’une action fondée sur les rapports de force qui se construisent ou se défont au fil des scènes, toutes des face-à-face sauf une, cruciale. Mais, quelques moments forts de regards entre les personnages mis à part, c’est face au public que les comédiens, déployant avec grâce leur gestuelle codée, nous font entrer avec aisance dans la rhétorique austère et subtile de cette traque, car c’en est une, d’un mortel secret. La violence longtemps contenue explose brièvement (avec un peu trop de force parfois pour l’exiguïté du lieu), arrachant cette course à l’abîme au hiératisme qui pèse parfois sur l’esthétique de la déclamation. On tremble, on s’indigne, on admire, et le pathétique finale nous tient un long moment suspendus…

Des multiples contraintes qu’imposent le vers cornélien, sa diction soutenue, la mesure élégante des gestes et des déplacements, le jeu tire une liberté paradoxale, une densité surtout à la hauteur d’une tragédie dont les séductions sont aussi puissantes que difficiles. Chaque comédien soutient avec chaleur la complexité de son personnage, et c’est là un bel hommage rendu à Corneille, qui ne confond jamais entièreté du caractère et manichéisme. D’ici la première, on peut glisser encore quelques suggestions ou souhaits, en faveur d’un Suréna qui équilibrerait davantage son rôle de premier amoureux avec sa stature de général d’armée victorieux, comme le rappelle le sous-titre de la pièce ; pour un Orode dont la valse-hésitation, un peu maladroitement mimée à la fin de l’acte III, serait plus sensible encore dans son balancement douloureux, entre une vertu sincère mais trop faible et un machiavélisme honteux ; pour un Pacorus d’autant plus glaçant dans ses menaces qu’il est sincère dans son amour ; pour une relation plus charnelle entre Eurydice et Palmis, qui mette encore mieux en lumière leur divergence tragique sur le meilleur amour. Mais on entre ici dans l’interprétation – proprement infinie – d’un texte dont il convient de redire qu’il est ici attentivement lu et finement compris. Un mot enfin sur le trio de flûtes et violoncelle qui ponctue sobrement les entractes (au sens premier), ainsi que sur le très beau lamento qui ouvre l’acte V : conformément là encore aux conceptions de Corneille, musique et chant constituent des agréments sensibles, mais qui demeurent « détachés » (Argument d’Andromède).

On recommendera donc avec chaleur ce beau spectacle aux amateurs de Corneille, du théâtre classique, de la déclamation baroque, et plus largement à tous ceux qui pensent que la culture peut toucher juste précisément parce que, refusant les facilités de tous ordres, elle comble en nous une indéracinable aspiration à admirer. C’est sur ce ressort que Corneille fondait son théâtre, et que le Suréna offert par « La Lumineuse » fait jouer avec exigence et brio.

Myriam Dufour-Maître,

présidente du Mouvement Corneille – Centre International Pierre Corneille

 

Merci à Florence Beillacou et aux comédiens d’avoir ouvert au Mouvement Corneille les coulisses de la générale et de s’être prêtés, avec gentillesse, humour et grand sérieux, au jeu des questions et des photos !

 

La compagnie « La Lumineuse »

 

Il y a quelques années, j’ai découvert la magie du théâtre baroque. La saveur du texte, la musique envoûtante, la lumière des bougies qui hypnotise…un théâtre étrange et enchanteur. « La Lumineuse » s’est depuis créée, pour jouer, raconter, enchanter le monde et créer sur scène un espace de rêve où la beauté et l’émotion soient importantes, vitales. (Florence Beillacou)

Nous inspirant du travail d’Eugène Green, de Louise Moaty et de Benjamin Lazar, nous avons donc choisi une mise en scène avec diction et gestuelle baroques, éclairée à la bougie. L’« Ensemble in C » accompagne les comédiens sur des airs de Haendel et Caldara.

Florence Beillacou a déjà réalisé plusieurs projets artistiques en musique, théâtre baroque et théâtre de rue (Les Visionnaires, de Desmarets de Saint Sorlin et Le Baron de la Crasse, de Poisson). Assistante de Louise Moaty pour Rinaldo, de Haendel (Opéra de Lausanne) et pour l’opéra Vénus et Adonis de Blow (octobre 2012).

 

Suréna, général des Parthes, tragédie (1674)

« Je sais ce qu’à mon cœur coûtera votre vue,

Mais qui cherche à mourir doit chercher ce qui tue » (I,3)

 

La dernière pièce de Corneille est à la fois la plus poétique et la plus tragique. Jamais l’amour et la politique ne se sont trouvés si mêlés que dans l’histoire d’Eurydice et de Suréna, amants malheureux, victimes de la raison d’Etat. 

 

Orode, roi des Parthes, vient de remporter la guerre qui l’opposait aux Romains, grâce à la victoire de son général Suréna sur l’armée de Crassus. Il domine désormais toute la région, notamment grâce au traité de paix signé avec Artabase, roi d’Arménie, qui stipule le mariage de Pacorus, prince des Parthes, et d’Eurydice, princesse d’Arménie.

Pour récompenser Suréna de ses exploits guerriers et surtout s’attacher ce puissant sujet auquel il doit son trône, Orode offre à Suréna la main de sa fille, la princesse Mandane. Mais ce projet est freiné par l’amour que Suréna et Eurydice partagent en secret.

La pièce commence à la veille du mariage d’Eurydice et de Pacorus. Cet évènement, redouté par la princesse arménienne comme par Suréna, est également un sujet d’inquiétude et de tristesse pour Palmis, la soeur de Suréna. Cette dernière a en effet été l’amante de Pacorus, avant que celui-ci ne la rejette pour succomber aux charmes d’Eurydice.

Fidèle à son amour secret et impossible pour Eurydice, Suréna refuse la main de Mandane. Dès lors, désobéissant à son roi, sa puissance immense devient dangereuse. La « Politique » est la plus forte : le roi Orode, pourtant vertueux, décide de la perte de Suréna.

 

Suréna est la dernière tragédie écrite par Corneille, en 1674. Aujourd’hui admirée mais néanmoins peu connue du grand public, elle constitue un joyau classique qu’il s’agit de faire redécouvrir. Car Suréna est plus qu’une tragédie, c’est un véritable poème. Une élégie. La situation étant reconnue d’emblée comme entièrement sans espoir, le seul espace de liberté qui reste aux personnages est intérieur : c’est la liberté de « faire perdurer leur amour désespéré dans le secret, la souffrance et la fidélité du souvenir » (Georges Forestier).

 

Les deux amants sont condamnés à l’illégalité et au secret. En attendant la mort, ou le mariage qui les séparera à jamais, ils cultivent cet entre-deux, ce lieu obscur du secret, où l’amour est possible. Ils dilatent cet instant qui doit prendre fin mais qu’ils veulent faire durer : « toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir ». Cette temporalité très particulière imprime sa marque sur toute la pièce : d’un côté, l’ « héroïsme élégiaque » des héros (Georges Forestier), le temps dilaté des amours cachées, et de l’autre, le temps de la Politique, inflexible, et qui ne connait pas d’entre-deux ni de clair-obscur.

 

La mise en scène

Le soupçon m’est plus doux que la vérité sûre,

L’obscurité m’en plaît, et j’aime à n’écouter

Que ce qui laisse encor liberté d’en douter. (V,1)

 

Nous souhaitons restituer sur scène toute la beauté et la complexité de cette tragédie. La diction et la gestuelle baroques adoptées par les comédiens créent pour le spectateur une étrangeté qui n’est pas un obstacle mais au contraire une clef d’accès à l’univers de Suréna.

Il faut reconnaître que les dialogues, émaillés de sous-entendus, à la syntaxe parfois complexe, sont difficiles. La diction baroque, avec son rythme particulier et sa façon de mettre en valeur la métrique, est justement là pour faire comprendre les subtilités du texte de Corneille et aussi pour faire entendre sa poésie. Cette diction a été reconstituée à l’aide des travaux d’Eugène Green sur la langue baroque : elle prend en compte à la fois l’état de la langue au XVIIe siècle (notamment le r roulé, la prononciation de la graphie oi en [we]) mais aussi les traités de déclamation de l’époque, qui énoncent les règles que devaient adopter les orateurs, et en particulier les comédiens.

 

La gestuelle baroque, recréée à partir de l’iconographie de l’époque, mais aussi inventée au cours du travail avec les comédiens, permet de faire résonner dans le corps tout ce que la langue de Corneille a de force et de sensualité. Il ne s’agit pas de plaquer une esthétique sur scène et de chercher à « faire beau » (il n’y a d’ailleurs rien de tel dans le texte de Corneille, qui n’est pas un manuel à l’intention des galants) mais de retrouver la force de cette tragédie. A cette fin, l’univers évoqué par les costumes et la lumière est celui d’un ailleurs : un ailleurs de Rome, un ailleurs du XVIIe siècle français, un Orient rêvé, épuré. Un plateau nu, une rampe de bougies pour tout décor. Le jeu est frontal, car les comédiens doivent être éclairés par la rampe. Toutes les intentions et les émotions qu’ils expriment passent donc par la salle pour atteindre leur destinataire sur scène. L’ensemble baroque « In C », composé de quatre musiciens, intervient à plusieurs reprises dans le spectacle, comme pour prolonger la musique des mots...Une des comédiennes chante, renforçant cette atmosphère élégiaque.

 

Mise en scène : Florence Beillacou

Les comédiens

Quentin Levi — Orode, roi des Parthes

Vivien Guarino — Pacorus, fils d’Orode

Davi Juca — Suréna, Lieutenant d’Orode, et Général de son Armée contre Crassus

Florence Beillacou — Eurydice, Fille d’Artabase, Roi d’Arménie

Iris Bouvier — Palmis, Sœur de Suréna

Adélaïde Prud’homme — Ormène, dame d’honneur d’Eurydice

Les musiciennes de l’ensemble « In C » : Louise Amazan — Violoncelle baroque, Mélodie Carecchio — Flûte,Géraldine Chemin — Flûte.

Costumes : Elise Cribier-Delande

Administration : Charlotte Ruggeri

Pour toute information sur la compagnie « La Lumineuse »,

compagnielalumineuse@gmail.com / http://www.facebook.com/lalumineuse

 


Date de création : 09/05/2012 @ 09:03
Dernière modification : 09/05/2012 @ 09:45
Catégorie : Spectacles
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