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Non, Corneille n'a pas écrit les oeuvres de Molière ! Nos adhérents réagissent - Emmanuel Minel, CPGE Brest

CORNEILLE EST MOLIÈRE :

LE ROI CACHÉ, LE SERPENT DE MER ET LA FARCE DE NOTRE TEMPS

 

    Bien entendu, il est intellectuellement utile de montrer pourquoi Corneille n’a pas pu écrire le pièces de Molière, pourquoi Corneille n’aurait pas voulu rester dans l’ombre et pourquoi Molière n’aurait pas voulu non plus qu’on lui écrive ses pièces ; mais cela est sans doute sociologiquement vain. Comme un serpent de mer, comme une tête d’hydre de Lerne, l’idée est probablement vouée à renaître ou réémerger périodiquement. Sans doute ne serait-il pas inutile de se faire une idée sur ce qui motive une telle légende et son retour.

En termes d’imaginaire, nous sommes en présence de quoi ? D’un scoop du genre : « Hitler n’est pas mort dans son bunker en 1945 ! » ou « le véritable auteur des tragédies de Shakespeare était le Sheik Spir ! » ; mais s’il faut chercher un archétype plus vaste et plus puissant, voyons-y l’un des multiples avatars du mythe populaire du Roi caché, qu’on retrouve en Europe de la Russie au Portugal en passant par la Bretagne, et sans doute ailleurs dans le monde, car c’est un mythe politique qui n’a aucune raison de ne pas être universel. L’héritier légitime a disparu, il est mort, du moins c’est ce qu’on nous dit, mais en réalité, sortant de son obscurité et accompagné du peuple qui l’acclame, le voilà qui revient, qui réapparait au grand jour, qui vient reprendre son dû, et vient chasser les imposteurs, balayer ceux qui gouvernent par la fausse autorité, la ruse et le mensonge. C’est sur l’air du « on nous cache tout, on nous dit rien » que se chante la chanson. Si elle se chante dans les temps de malheur et d’espérance, il faut avouer qu’elle se chante aussi souvent dans des temps d’antiparlementarisme et d’anti-intellectualisme notoires. De Henri Poulaille à TF1, le spectre politique paraît large, mais le point commun semble bien être celui d’un refus populiste et démagogique de l’autorité établie. En tant que symptôme politique, c’est intéressant. Pour ce qui est de la vérité historique et littéraire, Corneille et Molière s’en remettront, soyons-en sûrs.

Ce qui est spécialement intéressant, dans l’objet démagogique qu’on nous sert pour l’heure, c’est l’alliance d’un discours « populaire », porteur d’un sentiment d’injustice et d’une curiosité instinctive pour ce qui est caché, et d’une caution « savante » (celle, prétendue ou kidnappée, de l’Université et du Musée gardien de la mémoire) qui avait déjà émergée il y a quelques temps sous la forme d’une étude statistique du vocabulaire des deux auteurs, « ordinateurs » et « programme informatique » à l’appui. La technologie, avec son coefficient intrinsèque d’objectivité et de vérité, la technologie sacralisée est, comme toujours, porteuse de n’importe quoi, du meilleur et du pire. Du pire quand elle entre dans un usage magique et solitaire, déconnecté des autres logiques de preuves et sources de connaissances. Mais aussi le discours savant en général et la muséologie quand ils doivent entrer dans une démarche marketing de visibilité à tout prix. Car de ce point de vue, l’opération est belle ! Si, si ! Très réussi !

Mais encore une fois, disons l’essentiel : cette farce n’est pas véritablement un problème pour la recherche universitaire cornélienne ou moliéresque : c’est seulement l’expression d’une méfiance possible (ou désirée) vis-à-vis des autorités savantes « traditionnelles » au profit d’innovateurs audacieux ; une farce du temps présent.

Emmanuel Minel, professeur en classes préparatoires à Brest et auteur d’une thèse sur Corneille, éditée sous le titre : Pierre Corneille. Le héros et le roi, Paris, Eurédit, 2010.


Date de création : 22/12/2011 @ 21:43
Dernière modification : 22/12/2011 @ 21:43
Catégorie : Non, Corneille n'a pas écrit les oeuvres de Molière ! Nos adhérents réagissent
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